DĂ©finition de l’incontinence urinaire

L’incontinence urinaire désigne la perte involontaire d’urines (fuites urinaires), c’est un trouble de la miction (fait d’uriner volontairement). Elle est fréquente chez les femmes pour des raisons anatomiques. Mais elle existe aussi souvent chez l’homme, en particulier âgé.

Quand elle se produit lors d’efforts qui augmentent la pression abdominale, on parle d’incontinence urinaire d’effort. L’incontinence imprévisible par instabilité vésicale est appelée l’incontinence par impériosité, ou « urgenturie ». Avec le vieillissement, le nombre d’incontinences dites mixtes, associant effort et impériosité, augmente, en particulier lors des pathologies neurologiques : elle est présente dans 80% des AVC en période aiguë, dans 10 à 33% à distance de cet accident (Rapport ministériel sur l’incontinence, Pr François Haab, 2007).

Risques et consĂ©quences de l’incontinence urinaire

L’incontinence urinaire est extrêmement répandue ; mais difficilement dénombrée car ce trouble est tabou par pudeur et par honte. A tel point que l’Association française d’Urologie (AFU) organise tous les ans une semaine nationale de la continence en mars pour lever les craintes d’en parler. D’après cette société savante, l’incontinence urinaire touche une femme sur trois, sans distinction d’âge. Trois millions de Français seraient concernés peu ou prou d’après le rapport sur l’incontinence urinaire du Pr. François Haab (2007).

Une étude récente (Urinary Incontinence in French Women : Prevalence, Risk Factor, and Impact on Quality of Life, 2009, European Urology) dans un échantillon représentatif de Françaises vues en médecine générale (toutes raisons de consulter confondues), la prévalence (fréquence à un moment donné) de l’incontinence urinaire est de 26,6%. Il s’agit pour 17,4% des cas d’incontinence d’effort affecte, pour 6,8% d’incontinence par impériosité et pour 1,5% d’incontinence mixte. Ces chiffres augmentent avec l’âge. L’incontinence est 3,6 fois plus élevée à partir de 30 ans et 7,7 fois supérieure à partir de 50 ans.  L’incontinence est aussi liée au surpoids : elle croît avec l’indice de masse corporelle (IMC), soit quatre fois plus fréquente chez les obèses sévères (IMC > 35). De manière attendue, ce risque augmente aussi avec le nombre de grossesses et d’accouchements par voie basse, indépendamment de l’âge.

  1. Le risque est maximal pour une femme de plus de 50 ans avec un surpoids (IMC > 25) et un accouchement dans ses antécédents.
  2. Les risques de l’incontinence sont liés à sa cause d’abord. Elle affecte profondément la qualité de vie et la sexualité.

Causes et origines de l’incontinence urinaire féminine

Problème mécanique, l’incontinence urinaire d’effort (IUE) est une perte involontaire d’urine survenant lors d’un effort musculaire, sans besoin d’uriner. Elle est causée par le déséquilibre entre l’hyperpression abdominale soudaine et la résistance insuffisante du sphincter vésical ; et survient lors du rire, de la toux (ou éternuement), des rapports sexuels, des efforts sportifs… Ses facteurs de risque sont connus : traumatismes obstétricaux, carence hormonale de la ménopause, altération et vieillissement des tissus de soutien (prolapsus génital), lésion nerveuse par étirement… Elle représente environ 40% des incontinences urinaires (AFU, 2009).

Les sportives Ă  haut niveau sont particulièrement concernĂ©es par l’incontinence d’effort : l’athlĂ©tisme, le trampoline (80% des pratiquantes ont des fuites urinaires selon Eliasson, 2004), les sports de ballon… Dans l’étude amĂ©ricaine de Thyssen et coll. (2002) 43% des sportives recensĂ©es souffraient d’incontinence urinaire Ă  l’effort, essentiellement celles pratiquant la gymnastique, la danse et l’aĂ©robic. Seulement 5% de ces sportives en avaient informĂ© leur mĂ©decin…

Problème fonctionnel, l’incontinence urinaire par impériosité est une fuite irrépressible lors d’une envie pressante, impérieuse de fait qui ne laisse pas le temps d’atteindre les toilettes. Elle est due à l’hyperactivité du muscle vésical : les capteurs tissulaires de la vessie envoient des messages aberrants au cerveau (centre régulateur de la miction) qui ordonne la contraction du détrusor (muscle vésical) et le relâchement simultané du sphincter. Elle représente environ 10 % des incontinences urinaires.

L’incontinence urinaire mixte associe incontinence d’effort et incontinence par impériosité chez un même patient. Elle représente environ 50% des incontinences urinaires.

SymptĂ´mes et signes de l’incontinence urinaire fĂ©minine

Dans l’incontinence urinaire d’effort, les fuites ne surviennent qu’à l’effort, en riant, toussant, éternuant, c’est-à-dire lorsqu’il se produit une hyperpression abdominale brutale. Aucun doute n’est possible en général, mais il faut se méfier des infections urinaires qui sont la deuxième cause de fuite urinaire, même quand la continence est bonne. Une femme ayant brutalement une incontinence de quelques gouttes ou plus doit se poser la question, car certaines cystites infectieuses ne sont pas franchement douloureuses.

En cas d’instabilité vésicale appelée aussi incontinence par impériosité, les fuites d’urine se produisent n’importe quand, sans cause remarquable, On éprouve le besoin de vider sa vessie plus de 7 fois par jour, malgré une vessie presque vide.

Les personnes âgées, au périnée déjà atone et flasque, perdent en partie l’envie d’uriner : la fuite urinaire se produit sans le savoir ou trop tard pour aller aux toilettes. Cette perte du besoin d’uriner par réplétion vésicale est commune aux maladies neurologiques : sclérose en plaques, AVC, maladie de Parkinson, traumatisme médullaire (paralysie du bas du corps)…*

Prévention de l’incontinence urinaire féminine

Hormis le dépistage des femmes à risque (antécédents familiaux ou obstétricaux), la prévention repose sur la révision des comportements mictionnels défavorables qui aggravent l’instabilité de sa vessie.

Le bon comportement mictionnel s’impose :

  • ne pas se retenir de faire pipi,
  • vider complètement sa vessie, sans forcer,
  • rĂ©viser le rythme et la quantitĂ© des boissons pour ne pas mettre en tension permanente sa vessie quand on ne peut pas uriner Ă  sa guise.

La rééducation périnéale est essentielle pour améliorer le tonus musculaire pelvien ; elle augmente le contrôle de la vidange vésicale.

Sur le plan sportif, il faut éviter les séries intensives d’abdominaux sans musculation pelvienne de « contrepoids ». Certains sports ou certaines attitudes à respiration bloquée sont déconseillées à cause de l’hyperpression abdominale qu’ils provoquent : l’haltérophilie par exemple.

Dans le même esprit, la constipation chronique doit être combattue pour éviter les efforts de poussée à la selle.

Question / RĂ©ponses :

Comment faire pipi correctement dès l’enfance ?

Outre l’indispensable lavage des mains, les bons réflexes mictionnels (faire pipi) sont :

  • Prendre le temps d’uriner sans pousser… parce que l’hyperpression abdominale risque, Ă  terme, d’endommager le pĂ©rinĂ©e et de favoriser une incontinence d’effort.
  • Pour les filles, s’essuyer dans le bon sens, d’avant en arrière… afin d’éviter la migration des germes du colon vers l’appareil urinaire.
  • S’installer confortablement (debout pour les garçons, assise les genoux Ă©cartĂ©s pour les filles)… pour dĂ©contracter des muscles du pĂ©rinĂ©e et ne pas avoir Ă  pousser, tout en optimisant la vidange.
  • Faire pipi jusqu’à la dernière goutte… car les rĂ©sidus d’urine favorisent la cystite infectieuse. ATTENTION : Interrompre la miction volontairement est un très mauvais exercice, Ă  Ă©viter absolument.

Quand faut-il consulter le médecin ?

Le plus tôt possible sans attendre, avant de multiplier le nombre des protections externes. Certaines incontinences sont transitoires et curables par la rééducation périnéale. Les situations lourdes, rebelles et/ou complexes nécessitent l’expertise de l’urologue, outre celle du médecin traitant et celle du gynécologue (voir la liste des praticiens).

Comment préparer la consultation avec le médecin ?

Tenir son calendrier (ou catalogue) mictionnel : on recense le nombre de mictions et leur volume au cours de la journée ainsi que le volume de boissons, les circonstances de fuites. C’est un bon préambule à la consultation du médecin traitant, du gynécologue ou de l’urologue.

Que fait le mĂ©decin contre l’incontinence ?

Après un interrogatoire soigneux et un examen général et gynéco-urologique approfondi, le médecin traitant évalue la nécessité d’un bilan spécialisé chez l’urologue et/ou chez le gynécologue. Le spécialiste pratique un bilan uro-dynamique pour préciser la nature du trouble mictionnel et orienter le traitement. Selon la cause de l’incontinence, il prescrit éventuellement une rééducation périnéale ou une rééducation comportementale avant toute prescription médicamenteuse.

Traitement de l’incontinence urinaire

Il existe un traitement adapté à chaque type d’incontinence. Dans l’incontinence urinaire d’effort, la priorité est de renforcer le sphincter de la vessie et le périnée pour les rendre plus résistants à la pression abdominale. Dans l’impériosité, la rééducation comportementale de la vessie passe au premier plan pour rendre la vessie moins hyperactive et allonger le délai de sécurité entre deux mictions.

Les techniques chirurgicales sont peu invasives, réalisables en ambulatoire (sans hospitalisation) et efficaces. La pose de « bandelettes sous-urétrales  » (TVT ou TOT) renforce le plancher pelvien. C’est un geste courant qui ne nécessite que de petites incisions mais doit être pratiqué par un chirurgien expert, car il existe des complications.

Les cas sévères et complexes bénéficient de traitements variés, parfois associés : sondage urinaire, injection de toxine botulique pour paralyser le muscle vésical chez les malades neurologiques, chirurgie du prolapsus des organes pelviens, ballons ajustables et sphincter artificiel, neuromodulation des racines nerveuses sacrées (« pacemaker vésical »).

Mise Ă  jour par le Dr Sophie DumĂ©ry – Janvier 2012
Source/Auteur : Monique Charron – Date : 23/07/2009