Chez les sportifs de haut niveau, les microtraumatismes engendrés par les entraînements et les matchs sur une saison entraînent un surmenage de l’appareil locomoteur et notamment du pied. Prenons l’exemple de sportifs évoluant dans une équipe de basket-ball Pro A et de handball Division 1 féminine dont nous assurons le suivi médical et kinésithérapeute.

Exemple 1 : Basketteur Pro A – 18 ans – International – 80 matchs par an – entraînements : 3 heures par jour, 4 fois par semaine – équipe de France : 60 jours par an .
Exemple 2 : Handballeuse Division 1 – 22 ans – Internationale – 90 matchs par an –entraînements : 3 à 4 heures par jour, 4 fois par semaine – équipe de France : 165 jours dans l’année (JO)
Exemple 3 : Basketteurs Pro A – 38 ans – ancien NBA – 54 matchs par an – entraînements : 3 heures par jour – 4 fois par semaine.

FATIGUE SURENTRAÎNEMENT

La fatigue (3) peut être considérée comme un état résultant de contraintes physiologiques et psychologiques aboutissant à une diminution des performances physiques ou mentales.

La fatigue qui intéresse les sportifs est une fatigue aiguë qui affecte les individus sains. Ses origines sont identifiables et elle est perçue comme normale. Elle apparaît rapidement et est de courte durée lorsque le sportif peut se reposer. La fatigue a ici un rôle protecteur puisqu’elle avertit l’individu de la nécessité de récupérer.

Elle peut s’installer de façon chronique dans le syndrome de surentraînement, dans ce cas elle devient pathologique. La fatigue résultant du travail musculaire est la mieux connue sur le plan physiologique.

Elle admet :

  • Une composante métabolique puisqu’il existe une relation entre la baisse des stocks énergétiques et le surentraînement.
  • Une composante endocrinienne par diminution de l’activité et/ou de la réactivité de l’axe hypotalamo- hypophysosurrénalien et du système sympathomédullosurrénalien.
  • Une composante centrale car la fatigue résulte en premier lieu d’une diminution de la stimulation au niveau du motoneurone périphérique, mais aussi de la commande nerveuse à l’étage cortical. De plus, la sérotonine cérébrale aurait un rôle non négligeable sur la fatigue.
  • Une composante comportementale qui peut se traduire par un syndrome dépressif réactionnel suite à une fatigue physique induite par un surentraînement.
  • Une composante immunitaire caractérisée par une plus grande fréquence de syndromes infectieux lors de la préparation intensive des compétitions.

Ces phénomènes se traduisent par une diminution de la capacité contractile des muscles squelettiques. Les mécanismes sont différents selon la durée et l’intensité de la contraction musculaire.

STRESS MICRO-TRAUMATIQUES

Les lésions de surmenage (8) << stress micro trauma – tiques >> sont la conséquence de gestes techniques répétés lors des entraînements et des compétitions. Ces gestes spécifiques à chaque activité sportive sont effectués le plus souvent à grande amplitude, à grande vitesse et souvent avec une force violente. La répétition de ces gestes stéréotypés est susceptible de provoquer des traumatismes minimes mais à la longue vulnérants sur les différentes structures de l’appareil locomoteur et notamment au niveau du pied.

Nous répertorions les stress micro-traumatiques de la façon suivante :

Stress micro-traumatiques vrais

Ils sont liés à l’activité sportive :

  • Tendinopathies achiléennes
  • Ténosynovites des péroniers
  • Syndrome exostosant antérieur
  • Aponévrosites
  • Syndromes canalaires
  • Syndrome tibial postérieur
  • Fractures de fatigue
  • Etc…

Stress micro traumatiques et antécédents pathologiques

  • Reprise précoce avec pathologie en cours de traitement
  • Instabilité de cheville
  • Tendinopathies chroniques
  • Mycoses
  • Ongles incarnés
  • Verrues plantaires
  • Etc…

Stress microtraumatiques et troubles statiques du pied

  • Tendon d’Achille court
  • Pied creux varus
  • Valgus calcanéen
  • Pied plat valgus
  • Hallux valgus (fig 1)
  • Etc…
Pied de handballeuse : griffe des orteils, Hallux valgus, hyper kératose, Hématome sous-ungéal

Fig 1 : Pied de handballeuse : griffe des orteils, Hallux valgus, hyper kératose, Hématome sous-ungéal

Stress microtraumatiques et technopathies du sport concerné

Fonction du terrain :

  • Type de sol : souple, dur.
    • Qualité du revêtement
    • Qualité de la dalle de soutien du revêtement
    • Changement de type de terrain trop nombreux
  • Fonction de l’entraînement
  • Fonction des chaussures : Le sportif devrait posséder 2 à 3 paires de chaussures adaptées à sa morphologie. Pour nous, le pied du sportif, en particulier de haut niveau, est systématiquement sur – mené, toujours à la limite de la pathologie et souvent pathologique.

PRÉVENTION

Compte tenu de tous ces éléments, le staff médical en collaboration avec le staff technique doivent mettre tout en oeuvre afin de limiter le risque de surmenage du pied. Pour cela nous effectuons un suivi médical régulier comportant entre autre des évaluations fonctionnelles du pied.

Rôle du staff médical et paramédical : (fig 2)

Fig 2

Fig 2

Le médecin du sport

L’examen clinique du médecin du sport et les examens complémentaires éventuels (bilan cardiaque, sanguin, dentaire, podologique, isocinétique….) doivent mettre en évidence les antécédents traumatiques et généraux. Les sportifs sont examinés plusieurs fois par semaine afin d’anticiper d’éventuelles pathologies qui peuvent devenir invalidantes, si elles ne sont pas traitées à temps.

Le kinésithérapeute du sport

Le rôle du kinésithérapeute est multiple.. Il participe à la prévention en effectuant des massages, des mobilisations et des étirements réguliers des membres inférieurs et des pieds améliorant ainsi la récupération et limitant l’apparition de fatigue et de blessures. Il gère la rééducation des pathologies aiguës ou chroniques (2). Il participe au réentraînement à l’effort des sportifs blessés en collaboration avec le staff technique.

Le podologue du sport :

Il effectue un bilan podologique statique et dynamique en début de saison et corrige les éventuels troubles statiques des membres inférieurs
et des pieds. Une consultation hebdomadaire de pédicurie lui permet de traiter des lésions qui pourraient devenir par la suite invalidantes (ongle incarné, atteintes localisées l’hyper kératose, verrues, hématomes sous –unguéal, phlyctènes, micoses etc…).

Les évaluations fonctionnelles

Nous effectuons une évaluation fonctionnelle du membre inférieur et du pied systématique en utilisant trois types d’appareil : le Delos Posural System du Dr Riva, l’Optojump et les cellules photo-électriques.

Test Delos :

Le Delos Postural System est composé d’une planchette basculante (DEB) avec biofeedback visuel, d’une structure d’appui pour éviter les chutes et d’un lecteur postural (DVC). Ces trois éléments, reliés à un ordinateur permettent d’analyser les caractéristiques du contrôle postural statique et dynamique chez nos sportifs. Nous utilisons le protocole (6), (7) décrit par le Dr Riva, c’est à dire que nos athlètes effectuent le Dynamic Riva Test comme test de référence puisqu’il évalue les stratégies de contrôle postural, les capacités de coordination et la stabilité fonctionnelle du membre inférieur.
Après un entraînement approprié nos athlètes sont de nouveau évalués avec un test plus court (6’30’’), le Riva-Botta test, ou il n’est admis aucune compensation des membres supérieurs et de la jambe libres dans la seconde partie du test.

Les sportifs atteignent en général leur meilleur niveau fonctionnel avec des valeurs de l’ordre de 4° (+2°, -2°) de la base d’appui (DEB) et 1° au niveau du cône postural (DVC).

Le Riva-Botta test follow up, plus cout (2’45’’) permet de contrôler la composante neuroendocrine de la fatigue et la disponibilité à la charge d’entraînement en prévenant du surentraînement.

Chez nos sportifs, nous avons constaté qu’en état de fatigue avancé, alors que l’amplitude du cône postural (DVC) demeure pratiquement inchangée, on note une augmentation significative de l’amplitude de la planchette basculante (DEB).

Test Optojump :

L’Optojump est un système de mesure optique composé de 2 barres, l’une contenant l’électronique de contrôle et les récepteurs, l’autre le système émetteur, qui permet de mesurer au 1/1000èmes les temps de contact au sol et de vol d’une série de sauts effectués par un athlète. Les tests systématiquement utilisés à chaque début de saison sont le squatjump (fig 3), le counter movement jump (CMJ), le stiffness ou test 7 bonds, ainsi que les tests 14 et 21 bonds.

Le stiffness bras libre (fig 4), test de réactivité, nous intéresse tout particulièrement pour déterminer « l’intelligence du pied ». Il s’agit d’effectuer 7 sauts le plus haut et le plus vite possible en maintenant les genoux tendus, les bras étant libres.
Il analyse le temps de contact au sol, le temps de vol, la hauteur et la puissance de chaque saut, ainsi que le rythme (fig 5)

Evaluation Optojump

Fig 3 : Evaluation Optojump

Evaluation Optojump stiff - ness - 7 bonds

Fig 4 : Evaluation Optojump stiff – ness – 7 bonds

Nous étudions les 3è, 4è, 5è, 6è sauts.
Un bon temps de contact doit toujours être inférieur à 0,200 s.

stiffness 7 bonds

Fig 5 : stiffness 7 bonds. Données numériques

En cas de surentraînement, nous n’avons pas retrouvé de modifications au niveau du stiffness bras libre 7 bonds. Par contre les tests 14 et 21 bonds laissent apparaître des anomalies qui se caractérisent par des temps de contacts anarchiques et une perturbation de la puissance et du rythme qui surviennent à partir du 11è saut.

Tests de vitesse :

En état de fatigue, nous avons pu remarquer une augmentation significative des temps sur 10 mètres et 20 mètres lors des tests de vitesse (cellules photo-électrique). Une de nos sportives a pu bénéficier de tests 10 m et 20 m sur Optojump qui ont montrés non seulement une aggravation des temps, mais également une perturbation du rythme et de la longueur des foulées.

CONCLUSION

Chez le sportif de haut niveau la fatigue est l’élément physiologique clé. Elle doit être considérée au jour le jour dans le suivi médical et appréhendée par l’examen clinique, les tests cités ci dessus, et confrontée à la fiche d’évaluation du surentraînement (5) proposée par la Société Française de Médecine du Sport.
Le sportif de haut niveau présente toujours un équilibre physiologique précaire du fait des charges de travail. Ces charges sont indispensables pour la performance. L’état physique qui amène à la haute performance est très proche du surentraînement.

Ces évaluations rapides, faciles à mettre en place, et reproductibles nous permettent de mesurer l’impact physiologique de la fatigue et ses retentissements néfastes sur l’appareil locomoteur et en particulier sur les qualités de pied.

Thierry ALLAIRE
Kinésithérapeute, Le Havre (76)
Membre de la SFMKS

François TASSERY
Médecin, Le Havre (76)
Membre de le SFTS