Accessibilité géographique, défaut de ressources financières, difficulté à accéder aux dernières innovations du secteur : la plupart des Français saluent les aspects positifs du système de santé mais se disent dans le même temps inquiets quant à leur capacité à en profiter. Voilà en substance les enseignements du baromètre réalisé par l’Observatoire Société et Consommation pour le compte d’Eovi Mcd Mutuelle.

Comment les Français perçoivent-ils l’accès au soin et les modalités financières associées ? La question du remboursement des dépenses de santé revient souvent dans les débats politiques et les médias, mais la problématique se révèle en réalité bien plus large. Les Français qui travaillent et paient des cotisations sociales témoignent d’un sentiment de vulnérabilité face à ces questions, avec des craintes qui ne concernent pas uniquement le volet financier des choses.

Au printemps 2018, la mutuelle santé Eovi Mcd a fait poser la question à mille internautes représentatifs de la population française par un institut spécialisé dans les études d’opinion. En juillet, elle a dévoilé les résultats de cette étude sous forme d’un baromètre visant à préciser les attentes des Français en matière d’accès aux soins. Résultat des courses ? Près de neuf Français sur dix s’estiment en bonne santé, mais ils sont aussi près de six sur dix à se dire préoccupés par la question.

L’accès géographique aux soins est un problème pour un quart des Français

Premier facteur d’inquiétude : l’accès géographique aux soins. Un quart des sondés affirment ainsi rencontrer des difficultés pour faire réaliser des actes médicaux ou des procédures de santé à proximité du domicile. Sans surprise, le taux d’inquiets augmente au fur et à mesure que l’on s’éloigne des grandes villes : 44% des Français vivant dans des communes rurales se disent préoccupés par la question. Pour un tiers des sondés, l’éloignement est un motif d’inquiétude sérieux en cas d’urgence médicale. Enfin, 9% des sondés estiment vivre dans un véritable désert médical.

Les habitants des grandes métropoles connaissent eux aussi des problèmes d’accès, même si c’est pour des raisons différentes : 47% des résidents en Ile de France trouvent par exemple trop longs les délais pour accéder à un médecin généraliste, contre 39% dans le reste de la France.

Avec la distance, la question des délais est l’autre grand motif d’insatisfaction quant à l’accessibilité des professionnels de santé. L’inquiétude quant aux délais d’attente trop importants monte par exemple à 69% pour les ophtalmologistes et 57% pour les autres consultations spécialisées.

Des remboursements et prise en charge problématiques

Le deuxième grand motif de préoccupation, c’est l’accessibilité financière, soit la capacité à engager des dépenses de santé, souscrire une complémentaire, choisir le bon contrat de prévoyance ou tout simplement boucler le budget du mois en cours en cas de frais médicaux ou paramédicaux imprévus. Un Français sur cinq se déclare ainsi dans l’obligation de restreindre ses dépenses de santé pour des raisons financières. La proportion monte à 36% chez les sondés qui se disent en mauvaise santé, concernés au premier chef.

Le plan 100% Santé (pdf) et la promesse de prise en charge à 100% dans les domaines de l’optique, de l’audiologie et du dentaire suffira-t-il à inverser la tendance ? Rien n’est moins sûr, d’autant que la mesure promise par le Gouvernement ne sera mise en place que progressivement au cours des prochaines années. En attendant, la perception se dégrade : trois Français sur quatre estiment ainsi que la prise en charge s’est dégradée ces dernières années.

La question des ressources amène donc une partie des sondés à restreindre leurs dépenses. Près d’un Français sur deux indique par exemple acheter le moins de médicament possible, en se cantonnant aux prescriptions du médecin. Un tiers explique renoncer à la consultation des médecins dont les prestations ne sont pas intégralement remboursées. Ils sont enfin 20% à ne pas acheter les médicaments non remboursés, même s’ils ont fait l’objet d’une ordonnance, et 17% à affirmer renoncer parfois à se faire soigner quand ils sont malades.

Des innovations peu accessibles au grand public

La télémédecine, les rendez-vous sur Internet et les outils de type dossier médical informatisé permettront-ils de changer la donne ? Si neuf Français sur dix estiment bien réelle l’innovation en matière de médecine, ils sont seulement 69% à considérer que ces progrès leur profitent directement.

Sur ce terrain, les sondés accueillent avec enthousiasme les objets connectés qui participent à une meilleure connaissance de sa santé au quotidien. Les avis sont en revanche plus mitigés concernant les cabines de consultation électronique (e-consultation) ou la consultation à distance (téléconsultation), qui ne sont perçues comme des phénomènes positifs que par un peu plus d’un Français sur deux.

Des connaissances à améliorer ?

Il ressort enfin du baromètre Eovi Mcd une certaine méconnaissance des procédures de remboursement avancées : 44% des sondés affiliés à une complémentaire santé déclarent par exemple ne pas savoir exactement à quels droits et à quels services leur ouvre ce contrat. Près d’un Français sur quatre fait le même constat concernant les possibilités de remboursement.

Le choix de l’interlocuteur ne fait en revanche pas débat pour un quart des personnes interrogées qui déclarent placer plutôt leur confiance dans les mutuelles à but non lucratif ou issues de l’économie sociale et solidaire. Le taux de confiance descend ensuite à 20% pour les mutuelles d’assurance, 6% pour les assureurs généralistes et seulement 3% pour les assurances affiliées à une banque.

Le plan 100% Santé prévoit pour mémoire qu’un panier d’offres médicales mieux remboursées soit mis en place à partir de début 2019 avec une couverture augmentée par palier jusqu’en 2021 pour atteindre l’objectif d’une prise en charge à 100% des dépenses liées à l’optique, au dentaire et à l’audition. La prise en charge sera effectuée par la sécurité sociale et les complémentaires de santé, sans reste à charge pour le patient.

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